Focus sur cinq chapelles emblématiques à explorer
Parmi la vingtaine de chapelles disséminées dans la vallée, certaines se démarquent par leur histoire, leur architecture, le contexte dans lequel elles sont implantées ou le caractère exceptionnel des œuvres qu’elles abritent.
1. La chapelle Saint-Raphaël de La Chapelle-Aubareil : vestige d’un pèlerinage rural
- Situation : isolée sur un plateau boisé au nord-est de Montignac, à 2,5 km du bourg de La Chapelle-Aubareil.
- Origine : XIIᵉ siècle, rebâtie au XVIIIᵉ, centre d’un pèlerinage longtemps très important pour la région (“messe des ardents”).
- Particularités : petites dimensions, abside semi-circulaire, autel en pierre monolithe, fresques datées du XIXᵉ siècle représentant l’archange Raphaël, patron des guérisons et des voyageurs.
Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, les paysans affluaient le 17 octobre pour invoquer saint Raphaël et protéger leurs bêtes. Son isolement est total : on y accède uniquement à pied, par un sentier forestier. La toponymie locale évoque la “fontaine miraculeuse de Labrousse”, non loin, associée à des guérisons inexpliquées. Les archives de la paroisse témoignent encore aujourd’hui de l’apport de dons agraires en nature, rare trace documentaire de l’économie agraire dans la zone (Source : Archives Départementales de la Dordogne).
2. L’ermitage de La Madeleine à Tursac : entre préhistoire et christianisation
- Situation : à flanc de falaise, au cœur du site troglodytique de La Madeleine, classé Monument Historique (environ 10 km de Les Eyzies).
- Origine : chapelle castrale du IXᵉ-\XVᵉ siècle, occupant l’emplacement d’un ancien habitat préhistorique magdalénien (datant de –17000).
- Particularités : architecture rupestre, façade gothique, sanctuaire creusé dans la roche, vues spectaculaires sur la vallée, traces d’anciennes processions “aux reliques”.
Ce site est unique en Dordogne : il juxtapose harmonieusement empreintes préhistoriques et chrétiennes. L’exiguïté de la chapelle explique probablement le maintien d’un usage familial ou local, loin des grands rassemblements paroissiaux. Un tableau du XIXᵉ siècle, restauré en 2014, commémore la légende de Madeleine pénitente ayant trouvé refuge ici (voir Inventaire du Patrimoine de Dordogne, Conseil départemental).
3. Notre-Dame de Fontpeyrine à Saint-Léon-sur-Vézère : la chapelle des eaux vives
- Situation : source de Fontpeyrine, rive droite de la Vézère, en marge du bourg classé “Plus beaux villages de France”.
- Origine : Xᵉ-XIIᵉ siècle, reconstruite partiellement au XIXᵉ après la révolution.
- Particularités : abrite une statue de la Vierge, tradition séculaire de bénédiction de l’eau et ex-voto de remerciements pour les guérisons.
Saint-Léon-sur-Vézère, déjà célèbre pour sa grande église romane, possède avec Fontpeyrine un complément méconnu de son patrimoine. On y célèbre chaque été la “fête de la source”, lors de laquelle les enfants du village déposaient jadis des bouquets sur l’autel, coutume documentée dans les récits d’ethnographie rurale (Source : “Croyances populaires et sources sacrées en Périgord”, Annales du Midi, 1988).
| Année | Nombre de pèlerins au 15 août |
| 1921 | environ 150 |
| 1954 | moins de 30 |
| 2023 | 12 (bénédiction informelle) |
Fontpeyrine illustre la disparition progressive de pratiques rurales autrefois structurantes, et leur transformation en patrimoine immatériel.
4. Chapelle Saint-Roch de Peyzac-le-Moustier : entre résistance et dévotion
- Situation : isolée au milieu des noyers, à 500 mètres du site troglodytique de la Roque Saint-Christophe, accessible uniquement par un petit chemin bordé de prairies.
- Origine : XVe siècle, fondée d’après la tradition lors d’une grande épidémie de peste (patronage de Saint-Roch, protecteur contre les maladies contagieuses).
- Particularités : architecture sobre, autel en blocs calcaires, stèle à la croix de Malte associant la chapelle à la route des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.
La chapelle Saint-Roch est restée associée aux processions de “maux contagieux” jusqu’au début du XXᵉ siècle. Durant l’Occupation, plusieurs témoignages rapportent son usage comme cache par le réseau de résistance locale (voir “Résistances rurales en Dordogne”, Sud-Ouest Éditions). La Fondation du Patrimoine, qui a financé des travaux en 2021, mentionne la découverte exceptionnelle d’un graffiti daté de 1943 sur l’un des contreforts.
5. Notre-Dame-de-Grâce d’Aubas : la chapelle paysanne
- Situation : entre les hameaux d’Aubas et Le Verdier, à 4 kilomètres au sud de Montignac, sur une petite colline surplombant la Vézère.
- Origine : édifiée vers 1690 par deux familles agricultrices, restaurée dans les années 1920 après l'effondrement de la nef.
- Particularités : simplicité extrême, murs en pierre sèche, unique cloche provenant de l’ancienne abbaye de Coly, banc en chêne taillé à la main encore utilisé par les descendants des bâtisseurs.
C'est l'une des chapelles les plus représentatives de la piété rurale du XIXᵉ siècle, longtemps utilisée pour les rogations (bénédiction des champs avant les récoltes) et encore aujourd’hui préservée par l’association locale des amis du patrimoine d’Aubas.